Si vous êtes un touriste de passage à Paris, peut-être aurez-vous la chance au moment de déjeuner ou de dîner d'être bien reçus et choyés par des serveurs attentifs et zélés. Dans les cafés-restaurants et sans réservation préalable, pour quelques dizaines d'euros vous aurez droit à une nourriture conventionnelle et industrielle : n'espérez pas goûter là le travail patient d'un vrai chef de cuisine amoureux de son métier depuis ces cuisines exiguës aménagées parfois jusque dans des couloirs, des étages d'appartements ou des sous-sols reliés avec un monte-charge. C'est toujours derrière que des petites-mains pakistanaises, mauriciennes, africaines, antillaises etc. œuvrent à composer des salades par un assemblage minute, à réchauffer quantité de préparations conditionnées dans des seaux et des pochons en plastiques (y compris les œufs) et à faire la plonge. Dans ce cas, le Café Panis n'échappe pas à la règle : l'indigence de sa cuisine en témoigne, entre burger et salade landaise.
Pire, si comme moi vous n'avez pas le profil « touristique » et que vous êtes parisien de basse extraction, vous aurez à faire près du comptoir à des serveurs malfaisants dirigés par La Belette : la brigade des « Précieux ridicules ».
Il fait froid pour sortir et j'ai passé par dessus mon sous-pull une polaire et un blouson qui me font le profil épais. Dans mon sac à dos avachi se cache un ordinateur portable antique et des revues empruntées à la bibliothèque. J'ai pris mes habitudes depuis quelques semaines au Café Panis mais je sens bien que ça ne pourra pas durer : quand je me présente au comptoir pour commander un café, le journal habituellement à la disposition des clients a disparu, balancé à mon approche sur un siège en salle et curieusement « introuvable ». Pire, les serveurs au passage sont hostiles qui ne se poussent pas ni ne me saluent comme il est d'usage en entrant dans ces lieux touristiques, d'autant qu'ils n'ont rien à faire.
Je surprends des bribes de conversation :
_ … Tu sais... On n'est pas des curés !
_ Mais nous sommes proches de la cathédrale Notre-Dame et c'est bientôt Noël...
L'un des serveurs garde des scrupules mais plus pour longtemps. La Belette n'est pas loin !
Je louvoie entre les tables des hôtes de ce lieu et m'approche prudemment du bar où j'ai repéré au préalable le journal du jour, peut-être « le Parisien » déposé en vrac sur le comptoir suite à de multiples manipulations. Je me dirige d'un pas léger pour m'en saisir mais surgit le « chef de rang », un sale type qui dirige les serveurs et qui s'empare du tas de papiers en allongeant le bras pour l'emporter jusque dans les cuisines. C'est qu'il a anticipé mon geste, le joli barbu façon pédale-bobo : une espèce de belette à la démarche tortueuse, une mouffette sous sa chemise à motifs colorés et son pantalon de costard fatigué en fils argentés. Je lui trouve même un côté putois avec sa petite tête hérissée de poils au menton et un côté nageuse allemande avec ses épaules carrées, sa taille de guêpe et son large fessier mais un oeil méprisant qui en dit long : ce journal ne sera pas pour toi. Fous le camp d'ici !
Un peu dépité par cette volte-face, je fais marche arrière et je quitte de ce pas le café-restaurant. Dans un Mac-Do plus loin au coin d'une rue, un pauvre type essaye de se réfugier contre le froid à l'entrée avant d'être éjecté manu-militari :
_ Encore lui... Sortez-le de là ! Fais la serveuse. Quoi ? Il a froid le monsieur... Qu'importe ! Il dégagera. Je demande le prix d'un café : 1,50 euro ! Je croyais que c'était encore 1,20 euro pour ce mauvais « jus de chaussette » à la tireuse mais non, plus ici. Le prix du café est devenu prohibitif chez Mac-Do, dans les quartiers populaires ! J'opte pour une petite portion de frites et un verre d'eau à 1 euro. Je sors mon ordinateur sur la table pour lire ma messagerie mais la liaison wi-fi est pourrie et inopérante.
Le but n'est pas tant de choyer les clients que d'entraîner un turn-over rapide. Et je ressens plus que d'habitude un durcissement contre le petit-peuple, les sans-grades, les sans-papiers, les sans-emplois et les sans avenir, tous ceux qui ne font que passer. Souvent, ces autres voyageurs que je croise sont en mouvement et très seuls, le pas pressé. Un Rasta me dépasse à grandes enjambées dans la rue avec son sac à dos rebondi et le nécessaire dans un seau pour laver des vitres.
Vexé d'avoir été refoulé le matin même, l'après-midi vers 16h45 je décide de retenter le coup au Café Panis, quai de Montebello, près de la cathédrale : commander un café et lire un journal, rien de compliqué à Paris ! J'approche cette fois sans hésiter du comptoir et j'atteins victorieusement « le journal du Dimanche ». Le petit barman Pakistanais m'a reconnu d'entrée qui pose déjà une sous-coupe pour mon petit café quotidien tandis que j'entre-ouvre le journal dans un froissement délicieux.
La Belette ne m'a pas encore repéré, qui étale ses larges fesses sur un siège en skaï rouge tout en tripotant son Iphone. Je sais que ce type a des problèmes pour s'affirmer dans la hiérarchie des garçons de café car il se prend souvent de bec avec les autres serveurs, mais son côté « maître d'hôtel » ressort toujours victorieux. Il se cache derrière une barbe soigneusement taillée de peur de se faire donner du « madame » pour son côté efféminé. Peut-être même est-il le fils de la maison ? Parfaitement à l'aise, il semble chez lui.
Un serveur sort de son secteur pour l'avertir :
_ Il est revenu le gars ! Ce doit être un malade mental...
_ Mais pourquoi vous ne l'avez pas coincé ?
_ Tu parles, il est entré en courant !
Pire, si comme moi vous n'avez pas le profil « touristique » et que vous êtes parisien de basse extraction, vous aurez à faire près du comptoir à des serveurs malfaisants dirigés par La Belette : la brigade des « Précieux ridicules ».
Il fait froid pour sortir et j'ai passé par dessus mon sous-pull une polaire et un blouson qui me font le profil épais. Dans mon sac à dos avachi se cache un ordinateur portable antique et des revues empruntées à la bibliothèque. J'ai pris mes habitudes depuis quelques semaines au Café Panis mais je sens bien que ça ne pourra pas durer : quand je me présente au comptoir pour commander un café, le journal habituellement à la disposition des clients a disparu, balancé à mon approche sur un siège en salle et curieusement « introuvable ». Pire, les serveurs au passage sont hostiles qui ne se poussent pas ni ne me saluent comme il est d'usage en entrant dans ces lieux touristiques, d'autant qu'ils n'ont rien à faire.
Je surprends des bribes de conversation :
_ … Tu sais... On n'est pas des curés !
_ Mais nous sommes proches de la cathédrale Notre-Dame et c'est bientôt Noël...
L'un des serveurs garde des scrupules mais plus pour longtemps. La Belette n'est pas loin !
Je louvoie entre les tables des hôtes de ce lieu et m'approche prudemment du bar où j'ai repéré au préalable le journal du jour, peut-être « le Parisien » déposé en vrac sur le comptoir suite à de multiples manipulations. Je me dirige d'un pas léger pour m'en saisir mais surgit le « chef de rang », un sale type qui dirige les serveurs et qui s'empare du tas de papiers en allongeant le bras pour l'emporter jusque dans les cuisines. C'est qu'il a anticipé mon geste, le joli barbu façon pédale-bobo : une espèce de belette à la démarche tortueuse, une mouffette sous sa chemise à motifs colorés et son pantalon de costard fatigué en fils argentés. Je lui trouve même un côté putois avec sa petite tête hérissée de poils au menton et un côté nageuse allemande avec ses épaules carrées, sa taille de guêpe et son large fessier mais un oeil méprisant qui en dit long : ce journal ne sera pas pour toi. Fous le camp d'ici !
Un peu dépité par cette volte-face, je fais marche arrière et je quitte de ce pas le café-restaurant. Dans un Mac-Do plus loin au coin d'une rue, un pauvre type essaye de se réfugier contre le froid à l'entrée avant d'être éjecté manu-militari :
_ Encore lui... Sortez-le de là ! Fais la serveuse. Quoi ? Il a froid le monsieur... Qu'importe ! Il dégagera. Je demande le prix d'un café : 1,50 euro ! Je croyais que c'était encore 1,20 euro pour ce mauvais « jus de chaussette » à la tireuse mais non, plus ici. Le prix du café est devenu prohibitif chez Mac-Do, dans les quartiers populaires ! J'opte pour une petite portion de frites et un verre d'eau à 1 euro. Je sors mon ordinateur sur la table pour lire ma messagerie mais la liaison wi-fi est pourrie et inopérante.
Le but n'est pas tant de choyer les clients que d'entraîner un turn-over rapide. Et je ressens plus que d'habitude un durcissement contre le petit-peuple, les sans-grades, les sans-papiers, les sans-emplois et les sans avenir, tous ceux qui ne font que passer. Souvent, ces autres voyageurs que je croise sont en mouvement et très seuls, le pas pressé. Un Rasta me dépasse à grandes enjambées dans la rue avec son sac à dos rebondi et le nécessaire dans un seau pour laver des vitres.
Vexé d'avoir été refoulé le matin même, l'après-midi vers 16h45 je décide de retenter le coup au Café Panis, quai de Montebello, près de la cathédrale : commander un café et lire un journal, rien de compliqué à Paris ! J'approche cette fois sans hésiter du comptoir et j'atteins victorieusement « le journal du Dimanche ». Le petit barman Pakistanais m'a reconnu d'entrée qui pose déjà une sous-coupe pour mon petit café quotidien tandis que j'entre-ouvre le journal dans un froissement délicieux.
La Belette ne m'a pas encore repéré, qui étale ses larges fesses sur un siège en skaï rouge tout en tripotant son Iphone. Je sais que ce type a des problèmes pour s'affirmer dans la hiérarchie des garçons de café car il se prend souvent de bec avec les autres serveurs, mais son côté « maître d'hôtel » ressort toujours victorieux. Il se cache derrière une barbe soigneusement taillée de peur de se faire donner du « madame » pour son côté efféminé. Peut-être même est-il le fils de la maison ? Parfaitement à l'aise, il semble chez lui.
Un serveur sort de son secteur pour l'avertir :
_ Il est revenu le gars ! Ce doit être un malade mental...
_ Mais pourquoi vous ne l'avez pas coincé ?
_ Tu parles, il est entré en courant !
Non, je ne courais pas mais j'étais bien décidé. Musicien à mes heures, je peux lire le journal et suivre une conversation en même temps : mais là, quelle bande de gros cons ! Alors si leurs propos m'éclairent, ils me laissent aussi pantois... Pourquoi tant de haine ?
Un autre serveur, un petit blaireau à la barbe noire éparse, sec et souffreteux avec ses yeux gonflés par le lucre et le stupre, en rajoute une couche en remplissant son plateau au comptoir avec le regard mauvais :
_ Faut qu'il dégage, on n'est pas l'armée du salut ici... et gnagnagna... et gnagnagna...
J'en passe et des meilleures. Il me semble que c'est l'hôpital qui se fout de la charité !
J'apprécie l'ambiance des cafés : plus il y a de bruit et mieux je me concentre pour lire le journal. Vient le moment ou je goûte une lecture apaisante, un état qui a illuminé mon enfance, mon imagination et mes insomnies. Mais la belette à la barbe fleurie ne décolère plus contre moi et rameute ses troupes : « Tu vois ! Ça fait une heure, c'est toujours comme ça... », « si ça continue, il va rester là jusqu'à ce soir » et les insultes pleuvent. Les serveurs les plus posés se croient l'obligation d'en rajouter derrière moi pour complaire au chefaillon autoritaire :
_ C'est peut-être un pédé, peut-être qu'il aime ça... Mais vu comment il est gaulé...
N'ai-je pas le droit de rester une heure à lire le journal devant un café, un dimanche d'hiver à Paris ? Le comptoir est pourtant vaste et j'en occupe qu'une petite portion à l'extrémité, quand la salle se vide de l'après-midi passée et commence à se remplir du soir. Un des gérants averti de ma présence indésirable vient manipuler les curseurs dans un boîtier électrique pour réduire l'éclairage et m'empêcher de lire au comptoir, mais un serveur revient se plaindre que ses clients sont d'un coup plongés dans la pénombre.
Finalement, je repose le journal plié en deux, l'objet apparent du délit bien en évidence sur le zinc. J'ai fini mon café et j'entame mon verre d'eau. Le blaireau avec ses yeux en trous de bite s'en empare prestement pour le faire disparaître. Il s'en voudrait le pauvre de l'avoir laissé traîner à ma portée.
_ Je retire ça...
_ Il dit pas un mot ! Fait un autre.
Qu'importe, je sors de mon sac une revue technique : j'ai bien mieux à faire que de parcourir « le journal du Dimanche ». Moi qui croyais que les bibliothèques publiques ouvriraient bientôt tous les dimanches à Paris, et bien non, la mienne fermera définitivement à la fin de l'année. Merci madame Hidalgo.
Second round ! Maintenant, ils sont 3 serveurs autour de La Belette à m'agonir d'insultes et de conneries méprisantes près du tiroir caisse. Ils se chauffent tous seuls quand j'éclate d'un fou rire qui étonne jusqu'au barman.
_ Pardon ! Fais-je hilare.
Un autre serveur, un petit blaireau à la barbe noire éparse, sec et souffreteux avec ses yeux gonflés par le lucre et le stupre, en rajoute une couche en remplissant son plateau au comptoir avec le regard mauvais :
_ Faut qu'il dégage, on n'est pas l'armée du salut ici... et gnagnagna... et gnagnagna...
J'en passe et des meilleures. Il me semble que c'est l'hôpital qui se fout de la charité !
J'apprécie l'ambiance des cafés : plus il y a de bruit et mieux je me concentre pour lire le journal. Vient le moment ou je goûte une lecture apaisante, un état qui a illuminé mon enfance, mon imagination et mes insomnies. Mais la belette à la barbe fleurie ne décolère plus contre moi et rameute ses troupes : « Tu vois ! Ça fait une heure, c'est toujours comme ça... », « si ça continue, il va rester là jusqu'à ce soir » et les insultes pleuvent. Les serveurs les plus posés se croient l'obligation d'en rajouter derrière moi pour complaire au chefaillon autoritaire :
_ C'est peut-être un pédé, peut-être qu'il aime ça... Mais vu comment il est gaulé...
N'ai-je pas le droit de rester une heure à lire le journal devant un café, un dimanche d'hiver à Paris ? Le comptoir est pourtant vaste et j'en occupe qu'une petite portion à l'extrémité, quand la salle se vide de l'après-midi passée et commence à se remplir du soir. Un des gérants averti de ma présence indésirable vient manipuler les curseurs dans un boîtier électrique pour réduire l'éclairage et m'empêcher de lire au comptoir, mais un serveur revient se plaindre que ses clients sont d'un coup plongés dans la pénombre.
Finalement, je repose le journal plié en deux, l'objet apparent du délit bien en évidence sur le zinc. J'ai fini mon café et j'entame mon verre d'eau. Le blaireau avec ses yeux en trous de bite s'en empare prestement pour le faire disparaître. Il s'en voudrait le pauvre de l'avoir laissé traîner à ma portée.
_ Je retire ça...
_ Il dit pas un mot ! Fait un autre.
Qu'importe, je sors de mon sac une revue technique : j'ai bien mieux à faire que de parcourir « le journal du Dimanche ». Moi qui croyais que les bibliothèques publiques ouvriraient bientôt tous les dimanches à Paris, et bien non, la mienne fermera définitivement à la fin de l'année. Merci madame Hidalgo.
Second round ! Maintenant, ils sont 3 serveurs autour de La Belette à m'agonir d'insultes et de conneries méprisantes près du tiroir caisse. Ils se chauffent tous seuls quand j'éclate d'un fou rire qui étonne jusqu'au barman.
_ Pardon ! Fais-je hilare.
Je les tiens en ligne de mire, mes « Précieux ridicules ». Je leur ris au nez et quel bien cela me fait ! Les harceleurs sont pris de court et s'éparpillent. La Belette s'éloigne pour revenir avec un gérant s'en prendre cette fois au petit barman pakistanais qui fait le service derrière le comptoir :
_ Tu dis que tu ne veux plus travailler le dimanche ? Tu veux plus travailler du tout, quoi...
Insiste le sconse insidieux. Sa copine La Belette s'est calée les fesses sur l'arrête du mur, le regard bas et les mains dans les poches. La question compromettante est réitérée plusieurs fois et le petit gérant en chemise noire se hisse maintenant sur la pointe des pieds pour dévisager le Pakistanais au regard fuyant. Témoin de la manœuvre, je les observe sans aménité. Le boy-à-tout-faire supporte un surnom improbable genre « Chi-Chi ». Les lèvres serrées, il répond embarrassé oui... non... vous n'avez pas compris, c'est pas ça...
_ Alors tu comprends, tous mes gars ont posé leurs jours, c'est trop tard pour changer !
Conclut le gérant en se radoucissant. Son boy travaillera donc tous les dimanches de décembre jusqu'au nouvel an pour assurer de bonnes fêtes de Noël aux autres serveurs, au détriment de sa vie privée et de sa famille peut-être... Consterné par tant de malignité malfaisante, je me perds en regardant mes doigts.
Juste derrière moi, entre quelques tables vides j'aperçois une Américaine boulote affalée sur un siège en aluminium. Daisy ou Emma peut-être ? Elle a repoussé son plat principal à peine entamé sur le côté et pour finir un dessert à la Chantilly qu'elle ne fera qu'effleurer du bout de la cuillère. Travaille-t-elle pour un journal ou pour les services secrets d'Obama ? (Encore une semaine avant la fin de la COP21 au Bourget et la capitale grouille d'observateurs et d'agents secrets). J'imagine qu'elle est une journaliste parce qu'elle nous prend subrepticement en photo : personne d'autre n'aurait l'idée de tirer mon portrait ! A-t-elle trouvé matière à un article ? Est-elle venue en espionne surprendre les parisiens dans leurs habitudes, pour saisir une ambiance peut-être, voire une angoisse ou un traumatisme post-attentat ? Si elle a tout compris des conversations autour d'elle, elle doit se faire une piètre idée de cette bande de putois qui gâchent le métier et incitent à la haine.
Mais hélas, je crois que ce n'est qu'une brave fille qui rêve de Paris-Canaille, d'Amélie Poulain, du Sacré-cœur, de Piaf et du Moulin-Rouge. A défaut, dans cette cantine pour touristes très éloignée d'une quelconque bistronomie, elle aura croqué une galerie de portraits digne de Paris-Crapule : le blaireau à son service dit « fouille-poubelles », la belette qui supervise dit « coupe-jarret », le sconse en habit noir qui gère l'ensemble, le « raton-laveur » qui se fait engueuler tous les jours etc.
Moi, je tiens tête à cette bande de branleurs des « hauts-plateaux », La Belette et compagnie. Il est 18 heure 30 et je m'apprête à quitter les lieux après une heure et demi d'intimidations et d'insultes à distance, comme si de rien n'était. Le but n'est-il pas de me dégoûter à jamais de revenir ? Un couple d'Anglais vient s'attabler innocemment pour dîner, les serveurs sont obséquieux à souhait et La Belette se trémousse :
_ Par ici... Vous êtes bien... là ?... Encore un peu... oui... je reviens...
Daisy glisse une pièce de monnaie dans la main du blaireau, le vilain barbu avec ses petits yeux vicelards parce que chez elle, là-bas aux États-Unis, les serveurs sont payés au pourboire et bien sûr, ce n'est pas de la faute de cette pauvre petite crapule si les plats ne sont pas appétissants.
À mon propos, j'entends encore derrière moi :
_ Tu crois qu'on le revois demain, celui-là ?
_ T'as vu comment il nous a ri au nez ?
_ Réglez-lui son compte les gars !
_ Demain il n'atteint pas le bar.
On aurait du mal à croire qu'il y a cinq millions de chômeurs déclarés en France et autant de non-déclarés, sans compter les enfants, les femmes au foyer, les malades et les retraités. Où sont-ils tous passés ? Ce ne sont ni des clochards ni des vagabonds. La vie des parisiens les plus fortunés s'organise dans des appartements vastes et bien éclairés, autour de quelques objets de luxe : une télé HD, une chaîne Hi-FI, une bibliothèque. Ils sortent avec leur Iphone et leur carte bleue. Mais combien d'autres vivent sous le seuil de pauvreté qui se contenteront d'un sandwich, d'une frite et d'un café : mais attention, faut pas qu'ils traînent au comptoir !
La discrimination n'a de cesse de progresser sous des prétextes inexcusables. On parle des « Restos du Cœur » et des dons records au « Téléthon » comme d'un grand progrès général quand la pauvreté et le mépris s'étendent partout. Les toilettes publiques et les cabines téléphoniques ont disparu depuis longtemps des rues. Les bancs publics se font rares parce que la mairie ne veut même plus rendre ce service. Des belettes et des blaireaux sont embauchés partout dans les cafés-restaurants qui chassent la misère et tous ceux qui leur font honte avec des regards accusateurs. Personnellement, je suis fouillé tous les jours à Paris, à l'entrée des magasins et de tous les établissements publiques, contre les bombes supposées et le vol organisé... Mais des putains de commerces et de commerçants, il n'y a que ça à Paris !
Quand vous sentez bon et que vous payez votre consommation sans barguigner, quels prétextes trouveront-ils pour vous différencier et quelles insultes pour vous refouler ? Bien sûr, dira la Belette, il faut que j'assure un taux de renouvellement suffisant derrière les tables de mon établissement et l'endroit doit rester « select ». C'est mon métier, hein ! Petite salope.
Je revois tous ces serveurs désœuvrés la veille encore, quand ils se désolaient de la désaffection des touristes dans Paris après l'attentat terroriste du 13 novembre : j'étais tous seul dans la salle, derrière mon café ! On voudrait les plaindre, mais comment peuvent-ils se comporter comme de parfaits petits salauds au service des exploiteurs quand revient l'affluence ? Sont-ils des enfants qu'un chefaillon mène par le bout du nez ? N'évolueront-ils donc jamais dans leur tête ? Il y a quelque chose de pourri au royaume de France.
Aujourd'hui c'est dimanche et j'ai oublié d'aller voter aux élections régionales. Et puis, voter pour qui ? Pour donner raison à ces putois ? Suis-je tombé sur un nid du FN ? Sont-ils infiltrés partout dans les brasseries parisiennes ? Pourtant, nous sommes bien sous un régime socialiste ! Mais ces patrons et leurs sbires n'ont jamais été socialistes. Et avec le FN, nous verrons encore plus de chiens policiers nous menacer pour rien, plus de haine chez les commerçants, plus de discrimination partout. Paris n'est déjà plus que pour les riches, les nantis, les touristes, surtout quand il fait froid et qu'il pleut.
La banlieue minable commence partout en ville avec le mépris, devant les immeubles anonymes, quand on glisse d'un trottoir au risque de se faire écraser par un bus, quand on se fait éconduire à l'entrée d'un café, quand on renonce à se défendre devant tant d'agressivité : chers touristes, mais venez donc visiter « Paris by Haine » ! Et l'état d'urgence n'arrange rien.
La République cède partout où sa devise : « liberté, égalité, fraternité et justice » est bafouée.
Demain ? J'y retourne...
_ Tu dis que tu ne veux plus travailler le dimanche ? Tu veux plus travailler du tout, quoi...
Insiste le sconse insidieux. Sa copine La Belette s'est calée les fesses sur l'arrête du mur, le regard bas et les mains dans les poches. La question compromettante est réitérée plusieurs fois et le petit gérant en chemise noire se hisse maintenant sur la pointe des pieds pour dévisager le Pakistanais au regard fuyant. Témoin de la manœuvre, je les observe sans aménité. Le boy-à-tout-faire supporte un surnom improbable genre « Chi-Chi ». Les lèvres serrées, il répond embarrassé oui... non... vous n'avez pas compris, c'est pas ça...
_ Alors tu comprends, tous mes gars ont posé leurs jours, c'est trop tard pour changer !
Conclut le gérant en se radoucissant. Son boy travaillera donc tous les dimanches de décembre jusqu'au nouvel an pour assurer de bonnes fêtes de Noël aux autres serveurs, au détriment de sa vie privée et de sa famille peut-être... Consterné par tant de malignité malfaisante, je me perds en regardant mes doigts.
Juste derrière moi, entre quelques tables vides j'aperçois une Américaine boulote affalée sur un siège en aluminium. Daisy ou Emma peut-être ? Elle a repoussé son plat principal à peine entamé sur le côté et pour finir un dessert à la Chantilly qu'elle ne fera qu'effleurer du bout de la cuillère. Travaille-t-elle pour un journal ou pour les services secrets d'Obama ? (Encore une semaine avant la fin de la COP21 au Bourget et la capitale grouille d'observateurs et d'agents secrets). J'imagine qu'elle est une journaliste parce qu'elle nous prend subrepticement en photo : personne d'autre n'aurait l'idée de tirer mon portrait ! A-t-elle trouvé matière à un article ? Est-elle venue en espionne surprendre les parisiens dans leurs habitudes, pour saisir une ambiance peut-être, voire une angoisse ou un traumatisme post-attentat ? Si elle a tout compris des conversations autour d'elle, elle doit se faire une piètre idée de cette bande de putois qui gâchent le métier et incitent à la haine.
Mais hélas, je crois que ce n'est qu'une brave fille qui rêve de Paris-Canaille, d'Amélie Poulain, du Sacré-cœur, de Piaf et du Moulin-Rouge. A défaut, dans cette cantine pour touristes très éloignée d'une quelconque bistronomie, elle aura croqué une galerie de portraits digne de Paris-Crapule : le blaireau à son service dit « fouille-poubelles », la belette qui supervise dit « coupe-jarret », le sconse en habit noir qui gère l'ensemble, le « raton-laveur » qui se fait engueuler tous les jours etc.
Moi, je tiens tête à cette bande de branleurs des « hauts-plateaux », La Belette et compagnie. Il est 18 heure 30 et je m'apprête à quitter les lieux après une heure et demi d'intimidations et d'insultes à distance, comme si de rien n'était. Le but n'est-il pas de me dégoûter à jamais de revenir ? Un couple d'Anglais vient s'attabler innocemment pour dîner, les serveurs sont obséquieux à souhait et La Belette se trémousse :
_ Par ici... Vous êtes bien... là ?... Encore un peu... oui... je reviens...
Daisy glisse une pièce de monnaie dans la main du blaireau, le vilain barbu avec ses petits yeux vicelards parce que chez elle, là-bas aux États-Unis, les serveurs sont payés au pourboire et bien sûr, ce n'est pas de la faute de cette pauvre petite crapule si les plats ne sont pas appétissants.
À mon propos, j'entends encore derrière moi :
_ Tu crois qu'on le revois demain, celui-là ?
_ T'as vu comment il nous a ri au nez ?
_ Réglez-lui son compte les gars !
_ Demain il n'atteint pas le bar.
On aurait du mal à croire qu'il y a cinq millions de chômeurs déclarés en France et autant de non-déclarés, sans compter les enfants, les femmes au foyer, les malades et les retraités. Où sont-ils tous passés ? Ce ne sont ni des clochards ni des vagabonds. La vie des parisiens les plus fortunés s'organise dans des appartements vastes et bien éclairés, autour de quelques objets de luxe : une télé HD, une chaîne Hi-FI, une bibliothèque. Ils sortent avec leur Iphone et leur carte bleue. Mais combien d'autres vivent sous le seuil de pauvreté qui se contenteront d'un sandwich, d'une frite et d'un café : mais attention, faut pas qu'ils traînent au comptoir !
La discrimination n'a de cesse de progresser sous des prétextes inexcusables. On parle des « Restos du Cœur » et des dons records au « Téléthon » comme d'un grand progrès général quand la pauvreté et le mépris s'étendent partout. Les toilettes publiques et les cabines téléphoniques ont disparu depuis longtemps des rues. Les bancs publics se font rares parce que la mairie ne veut même plus rendre ce service. Des belettes et des blaireaux sont embauchés partout dans les cafés-restaurants qui chassent la misère et tous ceux qui leur font honte avec des regards accusateurs. Personnellement, je suis fouillé tous les jours à Paris, à l'entrée des magasins et de tous les établissements publiques, contre les bombes supposées et le vol organisé... Mais des putains de commerces et de commerçants, il n'y a que ça à Paris !
Quand vous sentez bon et que vous payez votre consommation sans barguigner, quels prétextes trouveront-ils pour vous différencier et quelles insultes pour vous refouler ? Bien sûr, dira la Belette, il faut que j'assure un taux de renouvellement suffisant derrière les tables de mon établissement et l'endroit doit rester « select ». C'est mon métier, hein ! Petite salope.
Je revois tous ces serveurs désœuvrés la veille encore, quand ils se désolaient de la désaffection des touristes dans Paris après l'attentat terroriste du 13 novembre : j'étais tous seul dans la salle, derrière mon café ! On voudrait les plaindre, mais comment peuvent-ils se comporter comme de parfaits petits salauds au service des exploiteurs quand revient l'affluence ? Sont-ils des enfants qu'un chefaillon mène par le bout du nez ? N'évolueront-ils donc jamais dans leur tête ? Il y a quelque chose de pourri au royaume de France.
Aujourd'hui c'est dimanche et j'ai oublié d'aller voter aux élections régionales. Et puis, voter pour qui ? Pour donner raison à ces putois ? Suis-je tombé sur un nid du FN ? Sont-ils infiltrés partout dans les brasseries parisiennes ? Pourtant, nous sommes bien sous un régime socialiste ! Mais ces patrons et leurs sbires n'ont jamais été socialistes. Et avec le FN, nous verrons encore plus de chiens policiers nous menacer pour rien, plus de haine chez les commerçants, plus de discrimination partout. Paris n'est déjà plus que pour les riches, les nantis, les touristes, surtout quand il fait froid et qu'il pleut.
La banlieue minable commence partout en ville avec le mépris, devant les immeubles anonymes, quand on glisse d'un trottoir au risque de se faire écraser par un bus, quand on se fait éconduire à l'entrée d'un café, quand on renonce à se défendre devant tant d'agressivité : chers touristes, mais venez donc visiter « Paris by Haine » ! Et l'état d'urgence n'arrange rien.
La République cède partout où sa devise : « liberté, égalité, fraternité et justice » est bafouée.
Demain ? J'y retourne...
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