vendredi 17 mai 2019

Arrêtons les pesticides: "Cédric Villani, le mathématicien, peut-il sauver nos parlementaires de la déraison?", dans le blogiblag du 18/05/19 (LJ ©2019).

Il y a des combats d'arrière garde, quand des dinosaures pétrifiés par des décennies de mauvaises habitudes refusent de se ranger à la raison: hélas, c'est le cas de nombreux décideurs parmi les industriels, les producteurs, les législateurs, les financiers etc. Par exemple, l'industrie automobile est l'industrie la plus criminelle après l'industrie de l'armement, qui continue de faire des millions de morts et des dizaines de millions d'handicapés à travers le monde depuis des années, au nom bien sûr de la vitesse et du progrès. C'est l'industrie criminogène et polluante par excellence, une «aberration industrielle totale» comme il en existe de nombreuses autres qui pourrissent la planète, mais que des lois obsolètes (maintenues par des parlementaires sans scrupules*) empêchent d'évoluer en bien. La voiture est-elle un bienfait du génie humain? Bien sûr que non. Au contraire, après tant de vies sacrifiées, écrasées et concassées, on ne peut que pleurer la stupidité de tous ça.

C'est aussi cette même vitesse et ce même progrès qui permet a une autre industrie calamiteuse de perdurer, celle de l'agrochimie dont nos paysans (de plus en plus suicidaires) sont les usagés, pour servir à désherber et à désinsectiser les cultures en un seul passage par aspersion de pesticides. Et quand vous savez le travail épuisant de la terre, tellement mal payé "à la tonne" par les centrales d'achat, comment retirer ces dangereux «produits phytosanitaires» à nos paysans déjà épuisés par un travail quotidien sans repos et si peu rémunérateur, faisant d'eux des esclaves modernes de la production agricole? Peut-être que certains producteurs en gros s'enrichissent et se mécanisent à outrance sur des propriétés de plus en plus grandes, mais d'autres stagnent en essayant de conserver simplement leurs terres jalousées par les promoteurs, d'autres renoncent sans pouvoir passer le flambeau: "celui de la passion et du dévouement pour les travaux des champs"  et d'autres en meurent.

Hélas, notre société moderne a remplacé «on a besoin de bras» par «on a besoin de tracteurs et de pesticides». Oui mais voilà, on meurt de respirer et de manger ces pesticides, et pas seulement les abeilles et les oiseaux. On se désespère aussi de voir des étendues de terres infinies arasées et moribondes, enrichies à l'excès d'engrais et de produits chimiques qui ruinent le milieu vivant, qui ruissellent dans les eaux de pluie, qui pénètrent les réserves d'eau potable, qui font mousser les rivières jusqu'aux océans pour répandre la désolation et la mort partout.

C'est pourtant sur ce thème tellement sensible que des «cons de sénateurs» au service des grands cultivateurs prennent la parole directement dans les journaux, quand ce n'est pas dans l'hémicycle, pour nous expliquer par exemple que le glyphosate associé aux biocides (et par extension tous les produits phytosanitaires qui facilitent le travail des champs et autorisent de meilleurs rendements) n'est pas nocif pour la santé. Tiens, pour en faire la démonstration, je leur propose d'en prendre une cuillère à café tous les matins... Mais qui veulent-ils convaincre, ces dinosaures? Faut-il qu'une seule voix, celle de Cédric Villani, ose s'élever contre le manque de discernement de ces parlementaires si peu scrupuleux, achetés par les industriels et les lobbys? Oui, que dire de ces sénateurs et même de ces ministres successifs qui défendent l'indéfendable et nous mentent effrontément depuis tant d'années?

Le vrai problème qu'ils devraient poser, c'est comment rendre la dignité et le courage à nos paysans, à nos éleveurs et tous ceux qui travaillent consciencieusement mais produisent malgré eux des aliments contaminés par des produits chimiques. Par quelles réformes résoudre leur cas de conscience? Comment les entourer et les chérir comme des parents? Comment leur redonner le goût du travail bien fait, celui de nourrir non pas des populations à moindre coût mais de travailler pour des amis, des frères, des voisins et des voyageurs curieux de connaître la France et ses régions. Comment réinventer pour eux l'amour de la Terre et du Vivant? Par quel chemin de pensée, par quelle noblesse d'esprit et de cœur, loin de tous les marchandages iniques. Et puis, comment prévenir les suicides des paysans et comment rendre hommage à tous ceux qui ont renoncé à vivre, pour que leur sacrifice ne soit pas fait en vain dans ce monde à la fois absurde et dérisoire?

Car on connaît les pays qui abusent des pires traitements chimiques dans le monde et qui piquent leurs animaux aux hormones pour accroître rapidement leur «production de viande sur pattes». Hélas, nous sommes le pays qui répand le plus de pesticides d'Europe sur ses terres agricoles, compte tenu de la superficie totale du pays, et nous ne pouvons donner de leçons à personne d'autre qu'à nous même. Et oui, merde in France!


*«L'un des rapporteurs d'une étude commandée par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPESCT), le sénateur Pierre Médevielle, a fait polémique dimanche en affirmant que «en l'état actuel de nos connaissances, le glyphosate est moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge» (franceinfo). Faut-il donc que nos paysans ne produisent que... de la merde? En somme, rien n'est bon chez ces cochons! Avouez qu'il y a de quoi devenir végétarien... mais sans glyphosate.

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