Allocution d'Emmanuel Macron pour la fin d'année 2025
Transcription :
Français, Françaises,
La fin de cette année 2025 nous oblige.
Elle nous oblige à regarder le monde tel qu’il est, sans fard, sans illusion, sans confort moral.
Elle nous oblige, d’abord, parce que l’Ukraine, sous la conduite courageuse de son président, continue de se battre pour sa survie, prise en étau entre les brutalités cyniques des puissants, entre la loi du plus fort et la tentation de la capitulation imposée.
Elle nous oblige ensuite, parce qu’en cette même fin d’année, la France a perdu l’une de ses figures les plus paradoxales, les plus aimées, les plus contestées, les plus indomptables : Brigitte Bardot.
Brigitte Bardot fut une liberté.
Et les libertés dérangent toujours.
Elle fut d’abord l’éclat fulgurant du cinéma français, cette jeune femme qui, dans les années soixante, incarna aux yeux du monde une France audacieuse, sensuelle, insoumise aux codes, vivante. Mais ce serait la réduire, et la trahir, que de s’arrêter à cette image figée d’icône.
Car à quarante ans, au sommet de la gloire, Brigitte Bardot a fait ce que peu osent faire : elle a renoncé.
Elle a quitté la lumière, non par lassitude, mais par conviction.
Elle a tourné le dos à l’admiration facile pour se consacrer à une cause exigeante, ingrate, souvent moquée : la défense des animaux.
À La Madrague, elle n’a pas bâti un sanctuaire mondain, mais un refuge moral.
Elle a transformé une propriété privée en lieu de combat public, en rempart contre l’indifférence, en cri lancé à la conscience humaine.
Elle fut de celles qui ont osé regarder l’horreur en face :
les bébés phoques assommés sur la banquise, dépecés vivants pour satisfaire la frivolité d’une mode ;
les animaux traités comme marchandises ;
la souffrance méthodique justifiée par le commerce, l’habitude ou le profit.
Brigitte Bardot n’a pas défendu les animaux par abstraction.
Elle les a défendus contre tous, souvent seule, souvent ridiculisée, souvent insultée.
Contre la bêtise humaine.
Contre l’irresponsabilité collective.
Contre les intérêts industriels qui placent le rendement avant la vie.
Elle fut, dans cette seconde vie, une femme engagée, utile, militante au sens le plus noble du terme.
Non pas une femme objet, mais une femme sujet.
Non pas une posture, mais une constance.
Et pourtant, aujourd’hui, la cause animale peine à émouvoir.
Les chiens battus, les chats abandonnés, les chevaux martyrisés ne font plus la une.
Nous aimons les animaux tant qu’ils décorent nos écrans ou garnissent nos assiettes.
Nous les célébrons dans les vitrines, dans les fêtes, dans des bacchanales devenues mécaniques, tandis que des milliards d’êtres vivants sont sacrifiés chaque jour, davantage encore à Noël et au Nouvel An.
Notre époque tolère l’insupportable.
Elle accepte la mort de masse, qu’elle soit humaine ou animale.
Elle remplace le vivant par le simulacre : des robots pour compagnons, des intelligences artificielles pour le désir, des images pour le réel.
Le corps n’a plus de mystère, l’innocence plus de refuge.
Dans ce monde-là, Brigitte Bardot faisait figure d’anachronisme.
Et pourtant, c’est peut-être elle qui avait raison.
Ce siècle n’est pas celui de la douceur.
Il est celui de la brutalité assumée, des menaces permanentes, des armes admirées pour leur puissance destructrice.
Les discours de haine prospèrent.
Les destructions font recette.
Mais jamais, jamais Brigitte Bardot n’a appelé à détruire le vivant.
Elle avait des opinions.
Elles étaient parfois dures, parfois contestables, parfois choquantes.
Elles ne doivent ni être niées, ni instrumentalisées.
Mais réduire toute une vie de combats à des prises de position politiques, c’est faire preuve d’une injustice que l’Histoire ne pardonne jamais.
Car pendant que certains affichent des convictions extrémistes ou criminelles dans l’impunité la plus totale, pendant que la corruption se banalise et que l’intégrité devient suspecte, Brigitte Bardot, elle, n’a jamais fait de mal à personne.
Elle n’a pas soutenu les tyrans.
Elle n’a jamais célébré la guerre.
Elle méprisait la faiblesse, la lâcheté, la pusillanimité — et elle l’a dit, parfois crûment, parfois injustement, y compris à ceux qui exerçaient le pouvoir.
Elle m’a critiqué.
Elle m’a jugé sévèrement.
Elle m’a écrit, avant de mourir, une lettre de désaccord profond.
Et pourtant, au moment où la Nation se souvient, cela importe peu.
Car la question n’est pas : que pensions-nous d’elle ?
La question est : qu’avons-nous fait, nous, pour défendre la vie, la nature, les animaux ?
Sommes-nous autre chose que des consommateurs ?
Avons-nous le droit de mépriser celles et ceux qui se battent, seuls, loin des cercles du pouvoir, dans le silence et la durée ?
La Fondation Brigitte Bardot n’est pas un scandale.
Elle est un engagement.
Elle est une exigence.
Elle est une part de la France.
Brigitte Bardot représente la France — pas seulement sur les écrans, pas seulement dans la beauté d’une époque, mais dans ce refus obstiné de renoncer à la compassion.
C’est pourquoi je le dis ici, avec gravité et sans arrière-pensée :
Brigitte Bardot mérite la reconnaissance de la Nation.
Non pour effacer ses aspérités.
Non pour sanctifier ses opinions.
Mais pour honorer son courage, ses renoncements, son travail infatigable au service des plus vulnérables du vivant.
Le monde entier lui rend hommage.
Ne soyons pas les derniers.
Ne laissons pas l’arrogance ou le confort moral décider à notre place.
Oui, l’hommage à Brigitte Bardot est indispensable.
Parce qu’une Nation qui oublie celles et ceux qui ont défendu la vie finit toujours par oublier ce qui la rend humaine (LJ©2025).
(Attention, ceci est une allocution imaginaire du Président de la République,)
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